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L'innovation en SHS en cinq exemples concrets

Publié le 18 juin 2026 Mis à jour le 18 juin 2026

Jeudi 4 juin dernier, Nantes Université organisait, dans le cadre de son Pôle Universitaire d’Innovation (PUI) en partenariat avec le CNRS, une première rencontre dédiée à l’innovation sous toutes ses formes. L’occasion de mettre en lumière la diversité des innovations en sciences humaines et sociales (SHS) développées à Nantes Université, d’illustrer les différentes façons de collaborer et faire le point sur les possibilités d’accompagnement dédiées aux SHS.

La preuve par l'exemple : après une introduction de Maria Teresa Maiullari Pontois, responsable du pôle innovation, valorisation et partenariats industriels au CNRS sur la politique - et l'évolution - de son établissement en soutien à l'innovation pour la société, notamment via le développement de programmes de prématuration spécifique, une large place était laissée lors de cette rencontre à la présentation de projets d'innovation sociale portés à Nantes Université. 
 

Financer une thèse en sociologie pour définir, évaluer, résoudre et anticiper la fatigue au travail : la collaboration entre le CENS et MASER Engineering

Doctorant en CIFRE*, Tanguy Dagonneau a été recruté en tant que chef de projet Stratégie & Innovation chez MASER Engineering, société qui accompagne de grands groupes dans la conception, l'intégration et la maintenance des process.

Un poste entièrement dédié à la recherche, avec un objectif précis : lever les verrous pour développer un outil de modélisation et d'anticipation de la fatigue professionnelle applicable à l'échelle industrielle. Car si la fatigue est une expérience largement partagée, elle est aussi extrêmement floue à définir et encore plus complexe à résoudre : certaines solutions peuvent se trouver côté organisation, ergonomie, psychologie... sans qu'une seule de ses disciplines permettent d'en "épuiser" le sujet.


Avec ce projet MASER Engineering ambitionne de développer une méthodologie scientifiquement démontée, pour que les choix à faire soient éclairés. En un mot : avoir des solutions pour la performance, mais en mettant "la compréhension de l'homme au service de la résolution des problèmes" souligne Tanguy Dagonneau. 


 

Dépasser la recherche technocentrée et prendre en considération les milieux, le choix du projet CHEESE

Co-construire avec les SHS des projets d'innovation technologique pour en favoriser l'impact réel, ne pas les cantonner au travail d'"acceptabilité sociale" : un enjeu crucial de l'innovation en SHS et une logique parfois difficile à intégrer. 

C'est précisément ce que Clément Maheu, chargé de recherche CNRS à l'Institut des matériaux de Nantes Jean Rouxel (IMN) était venu présenter le 4 juin. Ce chercheur travaille sur le projet CHEESE, qui vise la conversion des fluents laitiers (fromages notamment) en valorisation à molécule à haute valeur ajoutée (hydrogène ou dérivé du sucre). Un projet de recherche qui pourrait produire de très belles perspectives, à plusieurs niveaux : amélioration des possibilités de stockage de l'énergie solaire, production d'hydrogène vert et bas carbone, dépollution des fluents laitiers, création de revenus supplémentaires pour les agriculteurs, d'emploi pour le territoire, etc. 

« Pour développer ce projet, on dispose de deux approches » résume le chercheur. « Dans l’approche classique et linéraire de l’innovation, on fait notre tambouille dans les labos de chimie physique, quand ça commence à marcher on va voir le labo des génies et procédés pour avoir un prototype pour monter en TRL**, puis on va sur le territoire présenter notre prototype, et là on risque, sans surprise, d’avoir une levée de boucliers, des riverains qui ne veulent pas de production d’hydrogène à proximité de chez eux, d’agriculteurs qui ne se retrouvent pas dans le projet, etc. » 
L’autre approche possible, celle retenue par Clément Maheu et son équipe, est celle de l’approche milieu, pour cocréer dès le départ le projet avec ces actrices et acteurs et maximiser les chances qu’il ait un impact positif, au moyen d’outils de terrain, d’enquête, de recherches historiques, etc. et de stipuler comme parti pris l’alignement de ces différentes éthiques au sein même du projet de recherche initial.

Représenter virtuellement un théâtre du XVIIIème siècle pour pousser plus loin la recherche : le projet à tiroirs du LAMo

A quoi pouvait ressembler la vie dans les théâtres de foire du XVIIIème siècle, ces structures temporaires extrêmement populaires et dont l’une des rares images subsistantes est celle qui orne une tabatière de la même époque ? En choisissant de rentrer dans cet univers de manière virtuelle et d’y créer une interaction avec les spectateurs sous forme de quête, Françoise Rubellin, professeure de littérature du XVIIIe siècle, responsable du Centre d'études des théâtres de la Foire et de la Comédie-Italienne, et ses partenaires, développe une forme singulière de recherche et d’innovation.

Car le projet ne cesse de questionner les connaissances actuelles et de les faire progresser autrement : comment retrouver les dimensions réalistes d’un de ces théâtres ? Quelles étaient les coiffures et costumes de l’époque ? Comment interagissaient les spectateurs ? Comment restituer ces échanges ? Un sujet qui dépasse les frontières de la littérature et prouve toute la plus-value d’un travail pluri-disciplinaire. Pour pousser encore plus loin ces perspectives, deux stages sont financés par le réseau de recherche interdisciplinaire en SHS ELIT : l’un pour une étudiante en master informatique et réalité virtuelle à l’école Centrale de Nantes et l’autre pour un étudiant en deuxième année au sein de l’IIM Digital School. Leur projet : coder des scripts pour proposer une immersion le temps d’une représentation de quelques scènes, après une recherche sur le comportement de la foule et les codes sociaux au sein d’un théâtre, ainsi qu’une exploration technique liée à la programmation des interactions dans cet environnement.

Développer des outils innovants pour la recherche collaborative et la méthode collective : l'exemple d'ODySéYeu

Engagé depuis 2018, ODySéYeu est un très important programme de co-construction d’outils et de connaissances pour développer une veille environnementale dans un territoire sentinelle du changement climatique et de l’évolution du trait de côte, l’île d’Yeu. Un projet qui, dès le départ, intégrait le fait de travailler avec le territoire : mairie, habitants, mais aussi associations et entreprises locales. « Lorsqu’on s’intéresse aux risques et à l’adaptation des territoires, il est évident qu’il faut s’intéresser à la partie humaine, économique, sociale et historique du territoire. Donc dans la deuxième partie du projet, les SHS ont été mobilisés : l’économie, l’urbanisme, la psychologie, l’histoire, etc. » explique Sophie Prado, maîtresse de conférences en sciences économiques et directrice adjointe de l'Institut universitaire mer et littoral (IUML). Ce travail collaboratif entre SHS et acteurs du territoire a permis le développement de plusieurs outils innovants :

  • la Gigogne Box, un jeu d’enquête collaboratif permettant, via des énigmes à résoudre en équipe, à sensibiliser à la fabrique de l'île d'Yeu, les aléas et enjeux de l'île face au changement climatique et les différentes solutions d'adaptation possibles. Preuve des synergies existantes à Nantes Université, ce jeu a été testé lors de la Nuit Blanche des Chercheur.es 2026, permettant ainsi d'avancer dans l'échelle de maturation du projet.
  • la création et les interventions artistiques comme moyen d'engager des habitants qui participent peu au format ateliers. Une résidence-performance d'une compagnie qui a abouti les 13 et 14 juin à une représentation théâtrale dans l'espace public. 

Permettre aux porteurs de projets de s'autoévaluer en innovation sociale et trouver plus facilement des financements

L’innovation sociale dans l’innovation sociale : dans ce projet mise en abyme, Valérie Billaudeau, chercheuse en sciences de l’information et de la communication Polytech Angers expliquait comme le croisement de ses compétences en innovation sociale avec celle en innovation technique d’un de ses collègues de Polytech avait permis d’aboutir à la création d’un outil d’autodiagnostic à destination des porteurs de projets de l’économie sociale et solidaire (ESS) et des territoires. Désormais disponible sur la plateforme dédiée à l’ESS de la chambre régionale des Pays de la Loire, cet outil, qui prend la forme d’un questionnaire, permet aux porteurs de projet d’évaluer si leur relève de l’innovation sociale et si oui, à quel stade ils en sont. Des informations précieuses pour leur recherche de financement ou d’accompagnement pour leur développement.

L'objectif, avec la présentation de ces cinq exemples concrets, était bien de montrer la diversité de l'innovation en SHS et favoriser l'émergence de nouveaux projets : un enjeu structurant pour Nantes Université, comme l'a précisé son vice-président à l'innovation Frédéric Jacquemin :

 

Les sciences humaines et sociales constituent aujourd'hui un véritable levier de compétitivité et d'adaptation pour les organisations. Elles nous aident à comprendre les grandes transitions à l’œuvre dans notre société. Elles permettent de mieux appréhender les attentes des citoyens, les transformations du travail, les enjeux démocratiques, les mutations culturelles, les questions d’inclusion, de santé, d’éducation ou encore les impacts sociaux et environnementaux des innovations.

Grâce à la richesse de leurs disciplines — sociologie, psychologie, droit, économie, gestion, géographie, histoire, philosophie et bien d’autres encore — les SHS apportent des regards complémentaires et indispensables pour penser le monde de demain. Et cette capacité prend encore plus de force lorsqu’elle se construit en dialogue avec les autres champs scientifiques.  

 


* CIFRE : Convention industrielle de formation par la recherche. Ce dispositif permet à l'entreprise de bénéficier d'une aide financière pour recruter un jeune doctorant dont les travaux de recherche, encadrés par un laboratoire public de recherche, conduiront à la soutenance d'une thèse.
** TRL : Technology Readiness Level ou niveau de maturité technologique, est un système de mesure employé pour évaluer le niveau de maturité d'une technologie. 

Mis à jour le 18 juin 2026.