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Emmanuel Garcion : "la recherche n’a d’intérêt que si elle peut, à terme, améliorer la prise en charge des patients"

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  • Le 29 juin 2026
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En mai dernier, se tenait l'opération "Mai en gris", mois de sensibilisation aux tumeurs cérébrales. A cette occasion Emmanuel Garcion, directeur de recherche au sein du Centre de Recherche en Cancérologie et Immunologie Nantes-Angers (Nantes Université - Inserm - CNRS - Université d'Angers), évoque son parcours, ses motivations et ses travaux de recherche, en particulier sur le glioblastome, tumeur cérébrale maligne la plus fréquente et la plus agressive chez l’adulte. Portrait.

Emmanuel Garcion Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir chercheur ?

Je suis Directeur de recherche Inserm au sein du Centre de Recherche en Cancérologie et Immunologie Nantes-Angers (CRCI2NA). Depuis l’enfance, je suis fasciné par le vivant et par la diversité des mécanismes qui permettent son fonctionnement.  Très vite, cette curiosité s’est accompagnée d’un intérêt pour le côté "découverte" et j’ai naturellement développé l’envie de devenir chercheur.

Pour revenir sur mon parcours, je suis neurobiologiste de formation. J’ai suivi des études de biologie cellulaire et moléculaire et physiologie, avant d'aller vers les neurosciences à Paris VI. Après ma thèse, je suis parti faire un postdoctorat à Cambridge où je me suis intéressé à l’étude du développement du système nerveux central : cerveau et moëlle épinière. Progressivement, mon intérêt s’est élargi aux dysfonctionnements du cerveau : comprendre comment il se construit, pourquoi les choses ne fonctionnent plus normalement et de quelle manière nous pouvons intervenir.
 

Qu’est-ce qui vous a orienté vers les tumeurs cérébrales ?

C’est la dimension thérapeutique qui m’a conduit vers la cancérologie. Les tumeurs cérébrales, qui touchent le siège de notre conscience, se sont imposées comme une continuité de mon parcours de neurobiologiste notamment car plusieurs mécanismes impliqués dans le développement du cerveau sont aussi détournés ou réactivés dans les cancers. Mon parcours m’a amené à travailler depuis un peu plus de 9 ans au sein du CRCI2NA sur la "Conception et mise en œuvre de traitements loco-régionaux innovants pour le glioblastome", nom de l’équipe dont je suis responsable.
 

Sur quoi portent vos recherches aujourd’hui ?

Nos recherches portent sur le glioblastome, cancer cérébral agressif chez l’adulte. Au sein du CRCI2NA, nous travaillons sur des approches de thérapie dites loco-régionales, c’est-à-dire au développement de stratégies visant à agir directement au niveau de la zone tumorale identifiée.  Nos travaux s’organisent autour de deux axes : 
 
  • la radiothérapie vectorisée - qui consiste à acheminer les radionucléides directement au  niveau de la tumeur afin de concentrer localement l’irradiation et d'optimiser l'effet thérapeutique, 
  • les implants interventionnels, qui permettent d’intervenir localement sur le micro-environnement tumoral, afin d’en moduler les caractéristiques biologiques.
L’objectif est de mieux cibler la maladie résiduelle qui persiste après l’opération et qui est à l’origine des récidives.

 

C’est à l’interface des disciplines que naîtront peut-être les avancées les plus intéressantes

 

Quelles sont aujourd’hui les grandes difficultés de la recherche sur les tumeurs cérébrales ?

L’un des principaux défis est l’hétérogénéité des tumeurs. Les profils tumoraux peuvent être très différents selon les patients. À cela s’ajoute l’évolution de la maladie dans le temps.  Comprendre et traiter ces tumeurs reste un défi majeur pour la recherche.

Chaque avancée contribue à faire évoluer les traitements. Cela souligne l’importance de la recherche et du partage des connaissances pour continuer à progresser ensemble face à ces pathologies.
 

Quel regard portez-vous sur l’avenir de la recherche ?

La recherche restera profondément collective. Elle nécessite de faire travailler ensemble des disciplines différentes : médecins de différentes spécialités, biologistes, chimistes, physiciens. C’est à l’interface de ces disciplines que naîtront peut-être les avancées les plus intéressantes.

Cette dimension collaborative ne se limite pas à la théorie et se retrouve pleinement dans les échanges avec les différents acteurs du soin et de la recherche. J’ai d’ailleurs participé à la journée organisée à Angers par l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO) dans le cadre de "Mai en Gris", journée dédiée aux tumeurs cérébrales, afin de présenter l’activité de l’équipe. Associations, neurochirurgiens, radiothérapeutes et soignants étaient présents pour des présentations et des temps d’échange.

 

La recherche n’a d’intérêt que si elle peut, à terme, améliorer la prise en charge des patients

 

Quel est votre moteur au quotidien ?

Ce qui me guide aujourd’hui, c’est la volonté de donner du sens à ce que nous faisons. Au-delà de ce que nous pensons comprendre, la recherche n’a d’intérêt que si elle peut, à terme, améliorer la prise en charge des patients. Une phrase de Jacques Monod, biologiste et biochimiste français à l’institut Pasteur qui a reçu un Prix Nobel en 1965, résume bien cet état d’esprit : il rappelait que la science doit être "pensée dans l’ensemble de la culture moderne", et que les connaissances acquises doivent aussi avoir une portée "humainement signifiante".

Phrase issue du "Hasard et la Nécessité" (1970) :
"Je n'ai qu'une excuse, mais je la crois légitime : le devoir qui s'impose, aujourd'hui plus que jamais, aux hommes de science de penser leur discipline dans l'ensemble de la culture moderne pour l'enrichir non seulement de connaissances techniquement importantes, mais aussi des idées venues de leur science qu'ils peuvent croire humainement signifiantes. L'ingénuité même d'un regard neuf (celui de la science l'est toujours) peut parfois éclairer d'un jour nouveau d'anciens problèmes... "
Mis à jour le 29 juin 2026.