- Recherche
- Sciences et Société
ELIT : quand les sciences humaines et sociales éclairent les enjeux sociétaux
-
Le 21 octobre 2026false false
Labellisé Réseau interdisciplinaire de recherche en 2025, ELIT (Elaborating InTerdisciplinarity with SSH) vise à fédérer et développer les relations interdisciplinaires entre les sciences humaines et sociales (SHS) et les secteurs de la santé du futur et de l’industrie du futur, axes majeurs de l'I-site nantais NExT. Incubateur de la pensée et lieu de mise en oeuvre d'une méthodologie interdisciplinaire, ELIT permet ainsi aux chercheuses et chercheurs de toutes disciplines de partager leurs analyses et leurs expertises dès les premières étapes de la conception des programmes de recherche. Retour sur trois projets d'envergure à la croisée de différentes disciplines et soutenus par ELIT, témoins d'un travail collaboratif d'excellence au service de la recherche.
Le DynPG : un outil clinique candidat pour réduire l'incertitude du patient greffé
Projet mené par Hugo Corbard, étudiant en Master 1 éthique à Nantes Université, il bénéficie de la bourse de stage du Labex ImmuNE 2026 et du soutien du réseau ELIT de l'I-Site NExT.S’intégrant dans un projet de recherche d'envergure au CHU de Nantes, le travail d'étude mené par Hugo Corbard interroge les enjeux éthiques liés à l'intégration potentielle d'un outil clinique, le DynPG, dans le suivi des patients transplantés rénaux.
Si la greffe constitue un traitement de référence pour les patients éligibles, la question de durée de vie du greffon demeure une source d'incertitude importante. Pour y répondre, le laboratoire de recherche SPHERE a développé le DynPG, un score dynamique et prédictif permettant d'estimer la survie du greffon à un horizon de cinq ans. L'enjeu du projet est d'interroger les conditions de son intégration dans le suivi clinique post-greffe, notamment au regard de l'incertitude à laquelle les patients sont confrontés.
La spécificité et la richesse de ce projet reposent sur une démarche résolument interdisciplinaire, associant l'expertise des sciences médicales à la rigueur des sciences humaines au sein du service de néphrologie. Cette collaboration transversale réunit ainsi la néphrologue Magali Giral, l'immunologiste Sophie Brouard, l'infirmière en pratique avancée (IPA) Sandra Gaboriau, ainsi que le philosophe et épistémologue Stéphane Tirard.
Sur le plan scientifique, le DynPG présente des propriétés de discrimination et de calibration évaluées lors de sa validation externe. Néanmoins, l'impact éthique et psychologique d'un pronostic ne peut se limiter à sa seule validité statistique. Les retombées de cet outil dépendent fondamentalement des conditions concrètes de sa transmission et de son appropriation par le patient.
Les travaux suivis par Hugo Corbard visent à élaborer un cadre conceptuel rigoureux pour penser l’accès à cette information médicale. Il s'agit notamment d'examiner comment informer le patient de l'existence du DynPG tout en respectant ses préférences, sa compréhension de l'information et son éventuel souhait de ne pas connaître son score individuel.
À terme, la finalité de cette recherche n’est pas de modéliser une modalité de communication universelle, mais de concevoir un dispositif d’annonce flexible et structuré, capable de s’ajuster aux préférences et à la singularité de chaque parcours de soin.
En prenant part à un projet de recherche de cette envergure, le réseau interdisciplinaire ELIT m'a permis de saisir une opportunité hors-norme riche en expérience et concrète.
LUMIVERSE : un univers virtuel pour s'immerger dans le théâtre des Lumières
Projet mené par Narjisse El Manssouri , étudiante en Master informatique et réalité virtuelle à l'Ecole Centrale de Nantes qui bénéficie du soutien d’une bourse de stage du réseau ELIT de l’I-Site NExT.Le projet LUMIVERSE propose de les faire revivre de l'intérieur. Issu du projet VESPACE, il est porté par Françoise Rubellin (CETHEFI, laboratoire LAMO, Nantes Université) et Olivier Aubert (LS2N). Narjisse El Manssouri, élève ingénieure à l'École Centrale de Nantes, y a consacré son stage de master, de mars à août 2026, grâce à une bourse du réseau ELIT. Elle a peuplé un théâtre de marionnettes virtuel de spectateurs d'époque, dont les costumes et le rendu 3D ont été réalisés par Nolan Amiaut, stagiaire en conception 3D. Elle a ensuite développé l'ensemble des interactions et programmé le déroulement des quêtes. Le visiteur peut ainsi se glisser, par exemple, dans la peau d'un valet chargé de dérober un manuscrit en pleine représentation.
Chaque scène s'appuie sur des sources historiques, comme des plaintes d'archives ou des anecdotes sur le public. Les dialogues ont été mis dans la langue de l'époque, puis enregistrés par des comédiens. L'expérience a aussi été pensée pour être accessible à tous : elle se lance depuis un simple navigateur Web, au clavier et à la souris ou avec un casque de réalité virtuelle.
Avec LUMIVERSE, la recherche en histoire du théâtre devient une expérience sensible, à vivre plutôt qu'à lire.
META-DIET, Méta-analyse de l'Alimentation Humaine et Canine à travers le Temps : le chien médiéval peut-il révéler ce que mangeaient les humains ?
Projet porté par Juan Manuel Ariza, étudiant au sein du Master Archéologie, Sciences pour l'Archéologie de Nantes Université, bénéficiaire du soutien d’une bourse de stage du réseau ELIT de l’I-Site NExTAu Moyen Âge, les chiens vivaient au plus près des humains, comme animaux de compagnie, de garde ou errants. Ils se nourrissaient de restes, de déchets ou de nourriture distribuée, et parfois de petites proies. Dès lors, les archéologues utilisent leurs ossements pour reconstituer l’alimentation humaine, lorsque les squelettes humains font défaut. Cette démarche, dite « approche de substitution canine », repose sur les isotopes stables, c’est-à-dire des variantes d’un même élément chimique dont les proportions dans l’os conservent la trace des aliments consommés. Le carbone renseigne sur l’environnement accessible aux chiens (plantes consommées, ressources marines), l’azote sur la place occupée dans la chaîne alimentaire.
Cette démarche suppose que le chien partage l’alimentation humaine, une hypothèse discutée, car les études portent souvent sur quelques animaux d’un seul site.
Le projet META-DIET mené par Juan Manuel Ariza et soutenu en 2026 par le réseau ELIT, a donc changé d’échelle. Une revue systématique a réuni 60 publications, soit 95 sites répartis dans 24 pays, entre le Ve et le XVe siècle. Les données de 2 815 humains et de 284 chiens ont ensuite été comparées par méta-analyse, une méthode statistique qui combine plusieurs études, en les exprimant par rapport aux herbivores locaux pour réduire l’effet de l’environnement.
[…]
Ainsi, il a été remarqué que le chien renseigne sur l’alimentation humaine à l’échelle d’une région ou d’une période, mais non d’un site isolé. Trois conditions apparaissent nécessaires : une référence écologique locale commune aux deux espèces, un regroupement assez large pour compenser la variabilité propre aux chiens, et un environnement où humains et chiens accèdent à des ressources comparables. Cette dernière condition fait défaut lorsque les ressources marines étaient directement accessibles. Analyser davantage de chiens, issus d’un plus grand nombre de sites, renforcerait la deuxième condition. Appliquer cette démarche à d’autres périodes et à des systèmes alimentaires non européens permettrait enfin de tester la généralité du lien entre l’alimentation humaine et canine, et d’évaluer, dans une perspective One Health, la valeur du chien comme sentinelle.
Le soutien du réseau ELIT m’a permis de croiser l’archéologie, l’archéozoologie et l’épidémiologie dans un même projet. Cette articulation a rendu possible une question que chaque discipline, isolément, ne pouvait pas traiter.
L'I-site NExT
Labellisé en janvier 2022, l’Initiative d’Excellence (I-site) NExT (Nantes Excellence Trajectory) s'appuie sur deux axes majeurs, la santé du futur et l'industrie du futur, avec un effet d’entraînement sur l’ensemble des disciplines et une forte implication des sciences humaines et sociales (SHS).
Il vise à affirmer une trajectoire innovante en recherche, formation et transfert technologique, adossée à d'ambitieuses politiques de vie de campus et d’attractivité internationale.